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NOURRITURE DES POULES 
ET COLLECTES DES OEUFS

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Extraits du livre VIII de "De re rustica" de Columelle

De la nourriture des poules.


La meilleure nourriture que l'on puisse donner aux poules, est de l'orge écrasée et de la vesce; la cicérole n'est pas moins bonne, non plus que le millet et le panis : mais la cherté de ces graines s'oppose souvent à leur emploi. Quand il en est ainsi, on les remplace avec avantage par de menues criblures de blé; mais, même dans les localités où cette céréale est à vil prix, il ne faut pas la donner pure à la volaille, parce qu'elle lui est nuisible. On peut encore lui donner de l'ivraie cuite, et du son qui n'est pas trop dépouillé de sa farine ; car, s'il n'en conserve pas un peu, il ne vaut rien, et les poules le dédaignent.
Les feuilles et les graines de cytise sont très convenables pour les volailles maigres, qui les aiment beaucoup ; et il n'y a pas de pays où cet arbrisseau ne soit très commun. Quoique le marc de raisin les nourrisse assez bien, on ne doit pas leur en donner, à moins que ce ne soit dans les temps de l'année où elles ne pondent pas, car il diminuerait le nombre et le volume de leurs oeufs; mais quand, après l'automne, elles cessent tout à fait de pondre, on peut les sustenter avec cette nourriture. Toutefois, quelle que soit la denrée qu'on donne aux volailles de la basse-cour, on doit la diviser en deux rations, dont l'une leur sera offerte au point du jour, et l'autre vers la fin de la journée : le matin, afin qu'elles ne s'écartent pas trop loin des poulaillers; le soir, pour que, dans l'espoir de leur souper, elles rentrent à temps dans leur retraite, et que l'on puisse plus souvent s'assurer de leur nombre : car elles mettent facilement la vigilance de leur gardien en défaut.
Il faut déposer de la poussière sèche et de la cendre le long des murs, dans tous les lieux où, soit une galerie, soit un toit recouvre une partie de la cour, afin que les poules puissent s'y rouler : car c'est ainsi qu'elles nettoient leur plumage et leurs ailes, si toutefois nous croyons à ce que dit Héraclite d'Éphèse, que la fange sert de bain aux porcs, comme la poussière ou la cendre aux oiseaux de la basse-cour.
On doit ouvrir le poulailler aux poules après la première heure du jour, et les y renfermer avant la onzième. Tels sont les soins qu'on doit prendre des volailles vivant en liberté : ils sont les mêmes pour celles qui sont enfermées, à cela près qu'on ne les laisse pas sortir, et que, dans le poulailler, ou leur distribue trois fois dans la journée de plus fortes rations. Ainsi on leur donnera chaque jour quatre cyathes de nourriture par tête, tandis que trois et même deux suffisent pour les poules en liberté.
Il est nécessaire que les volailles enfermées aient à leur disposition un vestibule assez étendu, pour qu'elles puissent s'y promener et s'y chauffer au soleil : ce vestibule sera pourvu d'un filet pour empêcher l'aigle ou tout autre oiseau de proie de s'y abattre. On ne doit faire ces dépenses et prendre ces soins, que dans les lieux où l'on peut tirer un bon prix de ces oiseaux. La probité de celui qui veille sur ces animaux est indispensable aussi bien que celle des gardiens de n'importe quels troupeaux : s'il en manque à l'égard du maître, les bénéfices de la basse-cour n'en couvriront jamais la dépense.
Nous avons assez parlé du soin proprement dit que réclament les volailles; occupons-nous maintenant de ce qui reste d'important à connaître sur ces animaux.

Des oeufs.
Presque toujours les poules commencent à pondre quand le solstice d'hiver est passé; mais celles qui sont très fécondes donnent leurs premiers oeufs vers les calendes de janvier, dans les localités tempérées, et dans les contrées froides, après les ides du même mois.
Au surplus, on peut, par une nourriture convenable, provoquer leur fécondité, afin d'obtenir plus tôt leurs oeufs. Pour arriver à ce but, on leur donne avec beaucoup d'avantage, à discrétion, de l'orge demi-cuite : cette céréale augmente le volume des oeufs et en rend la production plus fréquente; mais il faut l'assaisonner, pour ainsi dire, de feuilles et de graines de cytise, qui, les unes et les autres, passent pour augmenter la fécondité des oiseaux. La ration, pour les poules en liberté, sera, comme je l'ai dit, de deux cyathes d'orge, auxquels on mêlera toutefois un peu de cytise, ou bien, à défaut, de la vesce et du millet.
Le gardien aura soin que les pondeuses aient des nids garnis de paille très propre; il les nettoiera de temps en temps, et il remettra de nouvelle litière très fraîche : car ces nids se remplissent de poux et d'autre vermine, que l'oiseau y apporte avec lui chaque fois qu'il s'y rend.
Le gardien doit être assidu, et surveiller les pondeuses qui annoncent leur ponte par un certain nombre de cris rauques entrecoupés de cris aigus.
Il observera ce moment, et aussitôt visitera les nids, afin d'y recueillir les oeufs à mesure qu'ils seront pondus, et il les notera jour par jour, afin de ne donner que les plus récents aux glousseuses : c'est ainsi que les paysans appellent les poules quand elles veulent couver. On serrera les autres oeufs, ou bien on les vendra. Quoique les meilleurs pour l'incubation soient les plus récents, on peut pourtant en faire couver de moins frais, pourvu qu'ils n'aient pas plus de dix jours.

 

 



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